samedi 11 septembre 2010

Mon guide de la défume comment j'ai dit Adieu au tabac de Martine PAGES

« Parce que je dis que les films sont moins beaux depuis que je ne fume plus, que le ciel bleu l’est moins, que mon mec n’a plus la voix aussi tendre, que les musiques que j’écoute ont l’air d’être moins mélodieuses, bref que la terre entière n’a plus le doux parfum du bonheur depuis que les oiseaux ne chantent plus à ma fenêtre et que mes fleurs sont éteintes, elles aussi. Moi, je pensais que c’était une jolie formule poétique pour dire combien le retour du tabac dans ma vie serait une richesse. »

Je ne suis pas fumeur. Certes, Je suis drogué à plusieurs choses mais pas à la cigarette. Je pense que mes addictions m’ont permis de comprendre le long combat de Martine Pagès dans sa volonté d’arrêter de fumer. Au-delà d’un livre témoignage, une femme nous dévoile sa vie à travers différentes facettes. Cette chronique se structure autour de plusieurs visions reprises par l’auteure elle-même à la fin de son livre.

« …Je suis défumeuse poète… »
Martine Pages est une poétesse de talent sachant jouer avec les mots en donnant toute une musicalité à cet exercice difficile dans lequel elle se livre entièrement. Nous passons bien par les cinq sens et des frissons parcourent notre corps en lisant certains passages tant elle nous fait rentrer dans son intimité. Que cela soit avec les médecins, les inquiétudes liées aux maladies ou à son petit copain, il ressort une grande sensibilité se retrouvant derrière chaque mot choisi avec talent.

« Christophe ne me manque même pas, toute mon attention et tous mes sens sont focalisés sur le vide immense qu’un morceau de papier fourré, à peine plus long qu’un doigt, laisse dans ma vie, plus plate que jamais, une morne plaine, sans contours ni reliefs, sans pleins ni déliés, et j’en arrive à prêter au tabac la responsabilité improbable de vision en 3D…. »

« …Je suis une défumeuse juvénile… »
Juvénile car l’écriture est dotée d’une grande modernité. Nous traversons notre époque avec l’ensemble des outils offerts aux fumeurs pour tenter d’arrêter la cigarette. Elle nous analyse également l’évolution législative et le nouveau phénomène invitant à la concentration des fumeurs dans un même lieu.Concernant les locaux aménagés pour les fumeurs, « je suis assez heureuse de ne pas faire partie des troupeaux entassés dans ces maisons de poupée, comme elles n’ont, entre nous, rien de conforme aux dimensions humaines. Lewis Carroll y aurait trouvé une grande inspiration, y aurait installé Alice, un peu gênée aux entournures, étouffant, gémissant dans sa quête d’air pur, prête à expirer, découragée par l’absence de fenêtres, déterminée par dépit à défoncer le toit… »

« …Je suis une défumeuse comique… »

L’auteure dévoile une plume ironique et souvent grinçante qui ne peut laisser indifférent. Les descriptions et les métaphores sont dotées d’un humour ravageur qui ferait presque oublier le dur combat pour arrêter une addiction. Faire de l’humour sur un tel sujet était un pari risqué mais il est *en attendant réussi.

« Je reçois le relevé de tous mes remboursements médicaux. Impressionnante, la fidélité dont je fais preuve…C’est tout juste si, au bas de la page, on ne me remercie pas de prêter si fréquemment la partie supérieure de mon corps à la science… »

« …Je suis une défumeuse championne… »

Se confier et ouvrir la porte de son studio sans tomber dans le stéréotype et la vulgarité est un exercice bien périlleux. Mais Martine Pagès est bien une championne de l’écriture et elle signe un livre avec brio regroupant l’ensemble des ingrédients nécessaires à la réalisation d’un excellent ouvrage. Il ne faudrait pas en plus oublier l’essentiel : il semble que l’auteure au bout de 36 mois n’a pas repris une cigarette.

« Je mets en parallèle la facilité déconcertante avec laquelle certains hommes peuvent se débarrasser d’une fille sans crainte d’en manquer, et ma difficulté de tirer un trait définitif sur les cigarettes. Je suis là, prostrée par le contraste, la bave en écharpe…Malgré tout, toujours no-fumeuse, par je ne sais quel miracle… »


« …Je suis une défumeuse de couverture de magazine… »

Nous retrouvons bien la chroniqueuse attachée à la beauté à travers de nombreuses petites allusions. Elle nous livre ici un portrait tendre d’une femme de son temps, consciente de l’exigence médiatique sans se laisser submerger par elle.

Lire ce livre ne tue pas, je le recommande pour un moment de pur plaisir !

1 commentaire:

ceanothe a dit…

Ta fiche me laisse sans voix. Donc sans mots. Elle est aimable, elle me plaît, j'en suis très heureuse. Mille merci.
Martine