mardi 27 septembre 2011

Emilie entre fabulations et vérités de Marie BARRILLON

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« Il est certain qu’au fil du temps, nous ne discernons plus le vrai du faux. Ce ne sont pas de véritables mensonges. Juste de petites variations dans les faits pour faire sourire. Je fais mon petit théâtre telle une grande artiste sans accompagnateur. Une vedette dans son dernier acte, son ultime représentation scénique en solitaire. Fabuler est l’un de mes derniers plaisirs ! En rire est l’une de mes ultimes joies. »




L’histoire

Emilie, une mamie de 90 ans, se dévoile et nous retraçons avec elle sa vie riche en événements personnels mais ce livre au delà du témoignage relate quasiment un siècle de l’histoire de France.

« Quatre vingt dix années de lourdeur diffuse. Tumultueuses pour une bonne moitié. Tendresses et jeux pour le premier quart. Sagesse et fatigue pour le dernier quart. Puis enfin, repos et hallucinations pour cette dernière ligne droite sur laquelle je reste fière. »

Habitant avec son fils Jean et assistée de Mélina dans sa vie quotidienne, la vieille dame noue une relation particulière avec cette dernière secrètement amoureuse de Jean. C’est là dans cet instant où l’on se retrouve ravagé par le talent de Marie BARRILLON. Ne se contentant pas de relater les faits d’une veille dame avec beaucoup d’émotions, elle immisce une histoire amoureuse balbutiante et touchante.

L’histoire d’Emilie

Nous traversons le siècle avec les différents combats menés par Emilie au cours de sa vie. Dans l’ordre historique, nous sommes plongés dans les accords Matignon et les grands mouvements sociaux de 1936, puis nous basculons dans la période si noire de la seconde guerre mondiale. L’appel du Général de Gaulle, la résistance et le S.T.O. sont évoqués rappelant les heures sombres d’une France en si grande difficulté. L’expérience personnelle d’Emile dans ses heures sombres où elle perdra ses parents suite aux bombardements, et qui marquera son engagement dans la résistance, emporte le lecteur dans un flot d’émotions profondes.

«Il fallait survivre plus que vivre. C’était alors le temps du système D., de la débrouille, c’était la guerre. Mais nous avions l’âme forte. Un discours du Général De Gaulle restait dans nos esprits, fort comme un arbre millénaire, il avait dit : « la flamme de la résistance française ne peut pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. » »

Mais Emilie ne s’arrêtera pas là. Suivra l’action pour la contraception et le droit à l’avortement. Nous traversons également une société où des valeurs comme la solidarité et la fraternité faisait encore partie du langage commun qui aujourd’hui laisse place à un individualisme parfois inquiétant.

« Ces risques, bon nombre de gens d’aujourd’hui ne les prendraient peut être pas car la solidarité n’est plus dans les cœurs. Aujourd’hui, les gens sont devenus de grands individualistes. Nous, nous ne nous posions pas de questions. L’hésitation n’avait pas lieu d’être. Rien n’était valable que d’aller de l’avant pour tenter d’être vainqueurs. »

Nous assisterons enfin d’un œil amusé au regard porté par Emilie sur les évolutions technologiques de notre société mais également au regard inquiétant sur les maisons de retraite.

« Nous aussi nous avons fait nos révolutions, nos petits délires, certainement en moins grandioses que les jeunes d’aujourd’hui, mais pour nous et l’époque dans laquelle nous évoluions, c’était quelque chose de très osé et d’assez révélateur. Nous ignorions l’angoisse de la vie. Celle que je ressens à présent trop souvent. »

Des histoires d’amours…

Emilie ouvrira largement son cœur dans ce livre. Son premier amour Jules et le père de Jean, Robert, chacun perdu à cause de la guerre, occupent une place importante dans ce roman. Mais c’était sans oublier de se tourner vers le futur avec l’histoire d’amour naissante entre Jean et Mélina qui s’affirmera grâce au regard bienveillant d’Emilie.

« Et Marina, que deviendra-t-elle ? Je ferais d’elle un gouffre d’amour inassouvi, transformée en un être de douleur. Elle sera, blessée dans toutes les profondeurs de son cœur, de son âme. Elle sera subitement suspendue aux nuages, à la recherche des anges du ciel pour m’y voir, peut être. »

Un livre à mettre entre toutes les mains pour ne pas oublier que le combat est toujours plus que nécessaire même si la résignation nous guette souvent et le tout nous est servi sur un lit d’amour. Marie BARRILLON réussit incontestablement un coup de maître.

Prix : 13,90€
Editeur : Les éditions le Manuscrit
ISBN : 2748199405

vendredi 26 août 2011

Entretien avec Marie Laure BIGAND à l’occasion de la sortie de « Et un jour, tout recommencer… »


1°) Présente au salon du livre parisien comme à la séance de dédicaces organisée par Marie BARRILLON, comment abordes tu ta rencontre avec tes lecteurs ?

Toujours avec appréhension. Les premières minutes où je me retrouve derrière la table, mes livres devant moi, et les gens qui passent, ne sont jamais simples à gérer. Lorsqu’on écrit on vit d’une façon assez isolée, et d’un coup on devient « vendeur » de nos productions, il y a là un décalage qui demande une certaine adaptation. Une fois ce stade dépassé la rencontre avec les lecteurs a quelque chose de magique, car il se créé un vrai partage. Souvent les gens me racontent des bribes de leur vie et je reçois ces confidences comme un cadeau. C’est une vraie richesse toutes ces rencontres.


2°) Si le titre de ce livre « Et un jour tout recommencer… », comment a débuté l’écriture de ce livre ? Peux tu nous dévoiler l’histoire de ce roman? Vu la construction minutieuse du récit, je suppose que tu as travaillé avec un canevas…

Je ne sais jamais trop comment me vient l’idée d’un livre. Un jour elle est là... C’est plus un fil conducteur qui se profile et le livre se construit alors au fur et à mesure. C’est ça la magie de l’écriture, enfin pour moi, car si l’histoire était toute définie à l’avance je crois que je m’ennuierais, tandis que là j’ai toujours la surprise de me demander ce qui va arriver à mes personnages, et j’évolue avec eux. Par contre, une fois le livre terminé, je refais un gros travail de réécriture, où il ne faut pas avoir peur d’enlever ce qui alourdit le texte pour le rendre le plus fluide possible.

3°) Les descriptions sont remarquablement bien écrites que cela soit les paysages ou encore les scènes de gare, as tu comme Valérie, ton personnage principal, traversé toute une partie de la France pour nous faire ressentir tant d’émotions à travers tes pages ?

Généralement je me sers de lieux où je me suis rendue, mais pas toujours… Internet est un formidable outil pour visiter des endroits inconnus et répond à peu près à toutes mes interrogations. Les forums aussi me sont d’une grande utilité sur un sujet précis.

4°) Nous sommes dans une société tentant de vendre du bonheur. Ce roman évoque souvent ce thème…quelle est ta définition de ce dernier?

Ma définition du bonheur ? Réussir à être en accord avec soi… Cela demande du temps mais lorsque l’on y arrive je crois que la vie est plus simple à aborder.

5°) « Elles étaient la base de son mal être, seulement l’écriture n’était pas pour elle. Elle prit les feuillets et les déchira en petits morceaux. » Déchires tu souvent et imagines tu ta vie sans l’écriture ?

Alors oui je déchire souvent… Je suis tout le temps en train de griffonner sur des feuilles, donc forcément je déchire, mais avant je retranscris sur mon ordinateur ce qui peut être conservé. Non, je n’envisage pas la vie sans l’écriture… Même si un jour je ne réussissais plus à écrire de romans (on ne sait jamais), je continuerais à écrire des impressions, des petits textes parce que je ne serais pas faire sans, tout simplement…

6°) Tu sors juste ton quatrième roman mais j’ose poser la question : si ce n’est pas trop confidentiel, quels sont tes projets ?

J’ai commencé à écrire mon 5e roman, tout doucement, car lorsque j’ai terminé un roman il me faut un temps assez long pour me détacher de mes derniers personnages. Je vis avec eux durant de longs mois et la séparation n’est pas aisée.

7°) A quelle question aurais tu souhaité répondre ? Quelle est ta réponse ?

Ce n’est pas une question que j’ai envie de poser, mais plus un remerciement envers des chroniqueurs qui, comme toi, s’intéressent à des auteurs qui ne sont pas médiatisés, pour les mettre en valeur.
Alors un grand merci à toi Clément.

Merci beaucoup Marie Laure.
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Et un jour, tout recommencer...de Marie Laure BIGAND


« Chacun devrait avoir le droit de proclamer : « Stop, je « pause » ma vie quelque temps, laissez-moi la digérer, laissez-moi faire un point sur moi même, laissez moi retourner à ce que j’étais vraiment, laissez moi et ne me demandez pas de me justifier, laissez-moi ! » A l’intérieur les mots martyrisaient son cœur. Elle en était encore à la culpabilité. »









Une fuite pour se retrouver

Valérie quitte son domicile dans la région parisienne un matin pour rejoindre un gîte en Lozère. Dès les premiers pages, nous comprenons la profonde souffrance en elle pouvant expliquer ce départ brutal laissant les siens avec quelques mots sur la table de la salle à manger « je pars, ne me cherchez pas… ». Les siens : trois enfants et un époux…puis également Christelle et Antoine que nous découvrirons un peu plus tard dans l’aventure. Au fil des pages, nous traversons les différentes étapes du cheminement que va mener Valérie pour se retrouver et nous apprenons à découvrir les raisons de son départ et de sa tristesse.

Après la Lozère, elle ira retrouver sa tante dans le Luberon. Cette dernière, par sa propre détermination et son courage pour une existence choisie la guidera à sa façon.

« Souvent elle se jugeait lâche de ne pas avoir eu le courage d’affronter Alain, ses enfants, de ne pas avoir réussi à leur dire qu’elle était épuisée, que plus rien ne l’intéressait, qu’elle n’aimait plus leur quotidien, qu’elle se faisait l’effet d’être transparente. Mais au fond d’elle, elle savait bien que c’était de fausses raisons, que les vraies restaient à résoudre et qu’elle refusait encore de les affronter. Lorsque la culpabilité l’envahissait un peu trop, elle se disait qu’après tout elle méritait ces vacances là, et continuait dans cette échappatoire dont elle maîtrisait maintenant toutes les ficelles. »

Au bout de quelques mois elle rejoindra La Rochelle où vit une de ses anciennes collègues de travail. Celle ville sera un tremplin à sa propre histoire par une rencontre inattendue et bouleversante

Chaque stade permet de mieux comprendre le passé et l’état de Valérie. Des rencontres plus ou moins importantes ponctueront également les trois pèlerinages lui offrant au contact des autres l’opportunité de mieux se connaître tout en analysant des épisodes de sa propre existence.

Un tourbillon d’émotions

L’auteure excelle dans les descriptions n’hésitant pas à nous donner l’ensemble des éléments nous permettant de nous plonger totalement dans cette histoire. Nous vibrons avec Valérie grâce à l’harmonie des mots et un récit construit d’une main de maître. La succession des différentes étapes et la parcimonie des indices permettent de tenir en haleine le lecteur tout en le faisant passer par toutes les émotions. Si la tristesse est au rendez vous, nous retrouvons une sensualité et une sensibilité débordante.

« Au bout d’un long moment, de sa main libre, Stéphane attrapa avec délicatesse le menton de Valérie et l’obligea à le regarder. Dans son cœur, elle avait vingt ans, un large sourire dans les yeux, et le corps cotonneux. Il lui caressa la joue avec lenteur ; elle posa à son tour sa main sur sa barbe et la parcourut du bout des doigts d’effleurements maladroits. Il la prit dans ses bras et l’amena contre lui. Un vent discret balayait leurs cheveux et soulevait par endroits le sable. »

« Il n’était pas capable d’embrasser mais il était capable d’une immense tendresse, et c’est le bien le plus précieux qu’ils pouvaient s’offrir l’un à l’autre. »


Je pense que cette phrase même si elle n’est pas la dernière de ce roman permet de donner un aperçu de l’histoire dans laquelle Marie Laure BIGAND nous entraine avec brio.

« Elle réalisait que c’était grâce à sa fuite qu’elle avait réussi à prendre de la distance avec elle même. »







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Le joueur d'échecs de Stefan ZWEIG


« Si donc les deux camps sont représentés par la même personne, la situation devient contradictoire. Comment un cerveau pourrait-il savoir quel but il se propose en jouant avec les blancs, puis l’ignorer sur commande pour faire ses plans avec les noirs ? Un pareil dédoublement de la pensée suppose un dédoublement complet de la conscience, il dénote une étrange capacité d’isoler à volonté certaines fonctions du cerveau, comme s’il s’agissait d’un appareil mécanique. Vouloir jouer aux échecs contre soi même, cela équivaut à vouloir marcher sur son ombre. »


Un joueur d’échec comme personnage principal ?

L’histoire se déroule sur un paquebot quittant New York pour rejoindre Buenos-Aires et Zweig nous entraine dans l’univers des jeux d’échecs mais le sujet semble beaucoup plus vaste au fur et à mesure que nous découvrons cette histoire.

Le talent de Zweig est palpable bien sur dès le début car nous nous demandons vers quel chemin il nous entraine et nous sommes, bien entendu, dans l’obligation de poursuivre notre lecture pris peut être comme la fameuse démence du joueur d’échecs…

Mirko Czentovic, champion mondial et …

Mirko Czentovic, personnage principal au début du roman, est le champion mondial du jeu d’échecs et se retrouve sur ce bateau prêt à remporter de nouvelles victoires en Argentine. Il nous replonge alors dans son enfance et comment cet enfant qui semblait être doué pour rien se révèle un jour surprenant dans une partie d’échecs. Le curé qui l’a recueilli décide de l’entraîner dans la ville voisine afin d’observer si son talent se confirme. C’est chose faite et très vite, il devient le champion mondial.

Le narrateur qui se trouve sur le bateau souhaite découvrir un peu mieux Czentovic.

« Les gens qui sont possédés par une seule idée m’ont toujours intrigué, car plus un esprit se limite, plus il touche par ailleurs à l’infini. Ces gens, qui vivent solitaires en apparence, construisent, avec leurs matériaux particuliers et à la manière des termites, des mondes en raccourci d’un caractère tout à fait remarquable. »

Quoi de mieux pour un joueur d’échecs que de l’attirer par le propre jeu ? Il lance alors l’idée de l’organisation d’une partie et puis moyennant finance Czentovic va accepter de jouer. C’est alors qu’un personnage s’immisce dans le jeu et dans le roman. Ce dernier se présente comme une pièce maîtresse pour bien comprendre le message de l’auteur. Il va battre Czentovic et dévoile tout un raisonnement que les autres perçoivent difficilement…

… Monsieur B : le prisonnier du jeu…

Monsieur B se présente donc comme un joueur extrêmement doué mais curieusement inconnu dans le milieu. Notre narrateur part donc à sa rencontre le lendemain afin de lui proposer de nouveau une partie. Là, nous rentrons totalement par surprise dans une autre histoire. Nous découvrons la gestapo, la façon totalement surprenante comment Monsieur B se fait torturer moralement en étant détenu dans une chambre d’hôtel sans aucune activité possible au début de la seconde guerre mondiale. Le jeu d’échecs apparaîtra comme une solution à sa détresse mais cela ne représentera-il pas une forme d’emprisonnement bien plus terrible ?

« En créant autour de chacun de nous un vide complet, en nous confinant dans une chambre hermétiquement fermée au monde extérieur, on usait d’un moyen de pression qui devait nous desserrer les lèvres plus sûrement que les coups et le froid »

Un livre bouleversant, une histoire renversante, un livre publié à titre posthume par un virtuose des mots.


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dimanche 21 août 2011

Entretien avec Annick Stevenson à l'occasion de la sortie de son premier roman "Génération Nothomb"

Journaliste, auteur et traductrice française, Annick Stevenson, qui vit aujourd’hui près d’Annecy, ignore les frontières. Elle a longtemps parcouru le monde pour les Nations Unies et vécu dans plusieurs pays qu’elle a toujours eu du mal à quitter. Son dernier ouvrage, Blanche Meyer et Jean Giono (récit littéraire sur l’amour caché de Jean Giono) a paru chez Actes Sud en 2007. Génération Nothomb est son premier roman. Pour en savoir plus sur les livres de l’auteur et son parcours, vous pouvez consulter son site : http://www.annickstevenson.com/index.htm



1°) Journaliste pour les Nations Unies, traductrice, auteure de Blanche Meyer et Jean Giono paru chez Actes Sud en 2007, nous ne vous attendions pas avec un premier roman ayant pour thème Amélie Nothomb. Comment l’idée de ce roman est elle née ?

L'idée m'est venue de l'expérience vécue par mon propre neveu, qui n'aimait pas du tout lire quand il était enfant. Or, un jour, il avait peut-être 19-20 ans, il m'a annoncé fièrement s'être « mis à la lecture » après avoir acheté, et lu, un roman d'Amélie Nothomb. C'était une révélation. Après avoir lu plusieurs de ses romans, il s'est intéressé à d'autres auteurs. Le désir était né. J'ai appris par la suite qu'il n'était pas un cas isolé, que de nombreux jeunes prennent goût à la lecture après avoir lu un livre d'Amélie Nothomb, parfois parce qu'un enseignant a eu la bonne idée de l'inscrire au programme scolaire. Depuis, j'ai rencontré la romancière à plusieurs reprises pour l'interviewer sur ses nouveaux romans. Evidemment, comme tout auteur de bestsellers, elle attire des foules lors de chaque apparition publique. Mais ce qui la distingue, c'est qu'elle entretient une relation épistolaire unique avec un nombre considérable de lecteurs : des jeunes garçons et filles, mais aussi des hommes et des femmes plus âgés. Elle les reconnaît lorsqu'ils viennent lui faire signer un livre, les appelle par leur prénom, leur pose des questions personnelles démontrant qu'elle prend à cœur cette relation. J'ai voulu me mettre dans la peau de l'un d'entre eux pour mieux comprendre comment se tissaient de tels liens.

2°) Avez vous lu l’ensemble des romans d’Amélie Nothomb pour réaliser ce roman? Si oui, quel est votre préféré et pouvez vous nous dire pourquoi en quelques mots ?

Oui bien sûr j'ai lu, ou relu, tous ses romans. J'y ai pris beaucoup de plaisir. Non seulement les intrigues sont originales, mais j'adore les clins d'œil qu'on y trouve, les petites affirmations drôles et pleines de bon sens, qui donnent à réfléchir, ébranlent des certitudes ou font tomber les tabous. J'aime beaucoup son humour. Et j'ai donc eu envie, en les relisant, de souligner dans mon roman quelques-uns de ses jeux d'écriture et idées-forces.

Je crois mon favori reste Hygiène de l'assassin. Mais j'ai beaucoup aimé aussi Les combustibles, Biographie de la faim, Acide sulfurique, Péplum, Le Voyage d'hiver, etc. Et ceux qui ont le Japon comme cadre : Métaphysique des tubes, Stupeur et tremblements, Ni d'Eve ni d'Adam. J'aime bien aussi le tout dernier, Tuer le père.

3°) J’ai noté la construction intelligente et délicate de votre premier roman. Quelle a été votre méthode de travail ? Avez vous des rites dans l’écriture comme Amélie Nothomb ?

Oh je suis loin d'être aussi organisée qu'elle ! J'ai un peu tâtonné au début, alterné les extraits d'authentiques forums avec les lettres fictives que mon personnage, Sam, envoie à Amélie, puis j'ai rééquilibré les chapitres car j'avais cité trop d'extraits, et finalement, comme je trouvais Sam un peu trop seul, j'ai rajouté de courts dialogues avec sa tante, également en alternance avec le reste. Au début, j'était tentée d'écrire davantage comme une journaliste, presque sous une forme documentaire, puis j'ai romancé de plus en plus, je me suis laissée prendre par l'histoire au fur et à mesure que je l'écrivais. La fin, que j'avais d'abord imaginée différente, s'est alors imposée d'elle-même.

4°) Que répondez vous aux détracteurs d’Amélie Nothomb et notamment à tous ceux qui disent que ce n’est pas de la littérature?

Je pense que ceux qui disent cela ne l'ont pas vraiment lue. Ils devraient, car il s'agit vraiment de littérature, avec tout ce que l'on peut espérer y trouver, des intrigues et revirements étonnants, des surprises, des allusions subtiles, des drames, de l'amour, de la haine, du sang, du doute, une fin qui bouscule tout. Le tout enrobé dans un style tout en finesse et raffinement. Certains longs paragraphes sont d'une telle beauté qu'ils devraient être lus dans les écoles comme exemples d'expression d'une sensation ou d'un sentiment. J'en ai reproduit plusieurs dans mon livre.

5°) A chaque fois, vous réussissez à créer la surprise. Quel est votre prochain projet littéraire si vous pouvez nous l’évoquer?

Il est un peu prématuré d'en parler, mais ce sera en effet encore tout autre chose !

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"Génération Nothomb" de Annick Stevenson






« Eh bien moi, c’est encore plus fort que çà, vous m’avez donné le sixième sens ! Enfin, je ne sais pas si on dit de la lecture qu’elle est un sixième sens, mais ce que je ressens c’est tout comme : j’ai découvert quelque chose en moi d’aussi important que la vue, l’odorat ou le goût. Je lis !!! »







Une histoire

Sam, jeune homme complexé, travaille dans un atelier qu’il n’apprécie guère. Malgré son inintérêt pour la lecture, un jour où les problèmes quotidiens s’accumulent, il se retrouve à acheter Hygiène de l’assassin.
Sa tante, passionnée de littérature et rédactrice pour un journal local, lui avait déjà offert Stupeur et tremblements mais il ne s’y était pas intéressé.
Avec Hygiène de l’assassin, c’est le début d’un renouveau pour lui avec la lecture de son premier livre. C’est dans ce contexte qu’il commence sa première lettre à Amélie.

« Pour résister à la masse convulsive qui l’attend certains lundis matins, elle s’efforce, disait elle à la même journaliste, de toujours garder à l’esprit que ces lettres sont des cadeaux qu’elle reçoit. Afin de ne pas gâcher le plaisir de la découverte, elle ne les ouvre qu’une à une, n’abordant la suivante que lorsqu’elle a achevé la lecture de la première, pris le temps d’y réfléchir, et d’y répondre avec le respect et la patience qu’elle estime devoir à celle ou celui dont elle est la confidente.
Elle s’assoit et prend en main la première enveloppe. Une écriture appliquée, qu’elle ne connaît pas. Un timbre aux tons rouge et or représentant une scène du Sud de la France, soigneusement choisi à n’en pas douter ; Elle la décachette, et commence sa lecture. »


La construction du roman

Annick Stevenson avec Génération Nothomb, réussi un jeu de maître où se mêle l’ensemble de ses talents.

Journaliste tout d’abord. En effet, elle parsème ce livre d’extraits réels de blogs, forums et groupes Facebook consacrés à l’auteure. C’est d’ailleurs dans ce contexte que je me retrouve dans ce livre. A travers ma propre correspondance avec Annick STEVENSON, j’imagine le travail titanesque fourni pour rassembler ces messages et demander aux auteurs de ces commentaires leur accord pour la publication. D’autant plus qu’il faut être capable de faire le tri sur une toile de plus en plus polluée…

Ecrivain, ensuite. Si le dur labeur d’enquêtrice au service du phénomène Nothomb est indéniable, il fallait être ensuite capable d’en faire un roman structuré intelligemment en injectant au bon moment les différents passages. Annick Stevenson parvient à nous entrainer totalement dans l’histoire où se mixent mots réels et le récit de Sam romancé quant à lui.

Le lecteur ne se perd pas dans l’immensité de ce livre. Annick STEVENSON se glisse aussi bien dans la peau d’Amélie Nothomb où nous retrouvons quelques spécificités de l’auteure que dans celle de Sam. Capable d’adapter son champ lexical à un adolescent, nous observons l’évolution de ce dernier au contact de l’ensemble des livres d’Amélie ainsi que de la correspondance qu’entretient ce dernier avec elle. A travers la construction d’un blog consacré à Amélie Nothomb, elle nous plonge à travers les yeux de Sam dans quelques uns des passages clés des romans d’Amélie en citant différents extraits.

Sam, citant Mercure d’Amélie Nothomb dans une lettre pour l’auteure « La littérature a un pouvoir plus que libérateur : elle a un pouvoir salvateur. Elle m’a sauvé : sans les livres, je serais morte depuis longtemps. »


Rayonnement de la littérature

Sam changera peu à peu de vie. Quittant son travail, encouragé par sa tante et par Amélie, il se passionnera pour la littérature. Si les livres d’Amélie NOTHOMB lui apportent le fameux sixième sens évoqué par Sam dans sa première lettre, il découvrira également les auteurs classiques grâce à elle.

Sam dans une lettre pour Amélie, « Je crois que je commence à devenir un homme. Mais je vous rassure, pas du tout celui qu’on me menaçait de devenir. »


Un très beau roman écrit d’une main de maître se lisant comme une réelle histoire d’amour avec la littérature.

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dimanche 1 mai 2011

La Casati de Camille de Peretti


« Le poète s’incline respectueusement et dit : « vous avez la pureté de la licorne, vous êtes la pureté incarnée. » en faisant glisser la pointe de sa barbe blonde à la naissance du bras de la jeune marquise. Il est le premier, il est l’homme d’exception qui trouve le diamant là où d’autres ne voient qu’un caillou. Elle est flattée. Plus que cela, elle est découverte. »










Comment proposer une chronique pour cette œuvre qui, selon moi, représente un OVNI littéraire ? Le talent peut-il se résumer en quelques mots, en quelques parties segmentées dans une chronique littéraire ? Cependant, en arrivant à la dernière page, il m’est apparu qu’écrire cette chronique était essentiel. On ne saurait lire le roman, La Casati, puis le refermer innocemment. Il restera dans mon panthéon littéraire, et c’est la raison pour laquelle, cher lecteur, je prends ma plume.


Une histoire et…


Je ne vous cacherai pas qu’en commençant ce livre, je ne savais pas qui était la marquise Casati… La quatrième de couverture nous dévoile quelques traits de cette femme née en 1881 et décédée en 1957, mais c’est sous une forme assez originale que nous allons apprendre à la connaître au cours de ces quelques pages. J’évoquerai le style dans une seconde partie.

Petite fille éduquée dans un monde riche, Luisa Amman perdit sa mère jeune, et son père, lui, s’occupa de ses affaires jusqu’à sa disparition, deux ans plus tard. Le mariage arrangé étant légion, elle épousa Camillo Casati le 22 juin 1900 voyant par ce biais, la possibilité de vivre sa vie comme elle l’entendait. Tout aurait pu être un long fleuve tranquille, et pourtant cette femme vit un jour sa vie basculer, de par sa rencontre avec le poète Gabriele d’Annunzino. Elle put alors réaliser son rêve : rencontrer des artistes. Ce fut le point de départ d’une nouvelle existence pour celle qui, une fois devenue la marquise Casati, se fit muse et mécène, toute en excès et en excentricité. Ce choix la conduisit sur des routes parfois sinueuses, du fait de ses caprices et de sa détermination à obtenir ce qu’elle souhaitait...


…L’autre histoire


Toutefois, l’écrivaine ne se contente nullement de nous raconter l’histoire de la Casati. Dans cette œuvre, elle se livre en cherchant, au fil des pages, des correspondances avec la vie de son héroïne. Elle s’en rapproche, s’en détache : « Je crois que c’est ici que nos chemins se séparent. En quelques mois, Luisa devient une véritable mondaine. Moi, je reste seule devant mon ordinateur. », ou bien se retrouve, mais surtout Camille de Peretti lève, de temps à autre, le voile sur ce qu’elle est, dans ce roman fort en émotions. La superposition entre des passages de sa vie personnelle et celle de la Casati est construite d’une façon saisissante et remarquable. Comment ne pas s’égarer ? Et, plus que toute autre chose, comment l’écrivaine parvient-elle à ne pas perdre son lecteur ? Assurément parce qu’est au rendez-vous, le talent.


Un OVNI littéraire


En parcourant la quatrième de couverture, le lecteur peut être tenté de penser que Camille de Peretti s’est lancée dans une biographie. Il n’en est rien ! D’ailleurs, l’écrivaine nous met en garde dès les premières pages, « Je ne sais pas faire une biographie. Et j’ai toujours aimé les beaux mensonges dans les livres et dans la vie. Ce livre est un roman. » Néanmoins, ne nous ment-elle pas un peu en nous disant que ce livre est un roman ? La réponse est dans la phrase certainement … Il y a également l’épigraphe, « C’est mon personnage, c’est mon trésor. J’ai le droit de lui faire dire ce que je veux. ». Dès le départ, on sent que l’auteure veut nous surprendre pour rester insaisissable et distante ; elle veut faire s’éloigner la moindre ambiguïté en nous expliquant que ce roman n’est pas une biographie. Vous noterez aussi, cher lecteur, l’utilisation du possessif que l’auteure utilisera plusieurs fois dans son roman.



« Je cherche en vain des anecdotes, des détails, des recoupements, mes recherches stagnent. Des pans entiers de la vie de Luisa restent muets. Elle vient me rendre visite en songe pour me tirer de ce mauvais pas. La nuit dernière, elle me montrait son petit doigt. »



Cela n’empêche pas de constater un travail de recherche immense et passionné. Derrière chaque mot, on le ressent, tout en nous en détachant. C’est alors que la romancière talentueuse se distancie de la biographie en laissant, dans certains passages, quelques indices concernant son travail de recherche à travers Internet, la lecture, ou encore les voyages lui permettant de revivre (et de nous faire revivre) des passages de vie de la Casati. Par moment, j’ai même souri en songeant aux reportages effectués par Camille de Peretti dans le cadre de Next libération dans le style d’écriture.

Cette alternance entre la vie de la marquise et celle de l’auteure représente un montage aussi judicieux qu’audacieux et dangereux, mais on ne peut plus réussi.


« Quand j’ai commencé à écrire ce roman, j’espérais que Luisa et moi finirions par nous trouver. Je ne prévoyais pas que cela se ferait de manière insidieuse, en ravivant des souvenirs enfouis et minuscules. »

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mercredi 9 février 2011

Entretien avec Eva LUNABA

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1°) A chaque fois que je commence un de tes livres, je me laisse emporter par l’impressionnante musicalité de tes mots. Quels sont tes secrets pour écrire ? As tu une recette miracle ?

J'écris en musique (du jazz en particulier), et je me laisse emporter par la mélodie. Puis je laisse respirer les mots, écoute les silences et me relis à haute voix. Si un mot rappe, je change le saphir de mon manuscrit pour que s'écoulent les notes jusqu'au point final de la sentence.

Je fais attention à chaque mot, vraiment, et n'emploie aucun d'eux au hasard, une écoute authentique. Il me faut plus d'une année d'écriture, de documentation, de correction pour présenter à mon éditeur mon manuscrit.

La Nouvelle me permet de ciseler le souffle au plus près. Et j'aime entretenir cette respiration par une ponctuation choisie et précise.

Souvent, les lecteurs me rapportent qu'ils ont l'impression de voir défiler une scène de film, l'emploi des démonstratifs ou de l'ellipse n'est pas anodin.

J'essaie de tenir par la main chacun de mes personnages, et de les mener au bout de leur destinée, aussi tragique soit-elle. Il n'y a aucune recette magique, seule une vraie rencontre avec le mot, qui m'est chair.


2°) Quelle définition donnerais tu de l’amour, thème de prédilection de tes livres ?

Il est mon essence ciel.

3°) Tu t’engages dans de nombreuses causes comme je peux le voir de temps en temps sur le net Quel rôle doit avoir l’auteur selon toi dans notre société contemporaine ?

Je suis une communicante, j'aspire à l'échange, au partage. Le goût de l'autre est au centre de mes activités professionnelles et de mes projets littéraires.

Faire du bénévolat, mener une campagne de Lecture Publique dans les établissements scolaires, tout comme défendre les droits de la Femme sont des actions d'équité. L'égalité des droits, des devoirs, des chances. Respecter La Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et agir en conséquence. Citoyenne et responsable.

4°) Dans tant que c’est toi, tu abordes la relation amoureuse à travers un livre de George Sand relatant sa passion amoureuse avec Musset. Quels sont tes auteurs favoris ?

Ceux couchés au pied de mon lit, Aragon, Hemingway, Kessel, Musset, Nothomb, Sa Moreira, Sand, Schmitt, Vian, Zweig.

Et tant d'autres qui parsèment mon nid, squattent le moindre recoin de mon espace de vie.


5°) Quels sont tes projets pour les années à venir?

Assister, contribuer à l'envol de mon tout dernier livre, les Coucous aux Éditions Volpilière dans la collection Les belles Nouvelles. Croiser le regard de mes lecteurs lors des séances de dédicaces, et continuer à dénicher des illustrateurs et artistes talentueux tels que Rachel Bergeret (couverture) & Aurélie Foin (croquis intérieurs) qui ont collaboré à ce titre.

Poursuivre l'effeuillage du Sentiment, conserver la quintessence du pétale et aimer encore...


"Allô! ou les maux d'amour" (2003) consacré à une relation par téléphone, était le premier volet d'une composition intitulée Aimer pour de Beau , "Intime évidence" (2004) le second explorait une liaison par internet, le troisième "Chairâmi" dévoilait l'alcôve intime d'un couple, "Tant que c'est toi" (2006), était dédié à une liaison épistolaire. Quant au dernier, "Les Coucous" (2011) il déniche les petits crimes conjugaux.

dimanche 30 janvier 2011

Sculpteurs, Photographes, Peintres, Musiciens, Dessinateurs, Auteurs : CHICHE ?

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Vous êtes :
Sculpteurs
Photographes
Dessinateurs
Musiciens
Peintres.



Vous souhaitez participer au projet CHICHE afin de faire découvrir vos œuvres. Il vous suffit de nous envoyer deux créations accompagnées de votre biographie et de votre photo à l’adresse mail suivante : chichecollectif@gmail.com
La biographie et la photo seront répertoriées dans un blog consacré à l’événement.

Vous êtes :
Auteur(e)s

Vous désirez proposer une poésie ou une nouvelle (1500 caractères maximum avec espace compris) autour d’une œuvre proposée par l’un des artistes présent sur le blog.
Ces œuvres sont répertoriées dans la rubrique « Appel à photos » du site suivant :
http://chichecollectif1.typepad.com/

La procédure est très simple, vous envoyez votre texte avec une biographie et une photo à l’adresse chichecollectif@gmail.com et un comité de lecture décidera de la diffusion du texte. Si le comité valide ce dernier, il sera mis en ligne sur le blog dans la semaine accompagné d’un message d’alerte sur l’événement.

Des questions ? Retrouvez le règlement complet de CHICHE sur l’événement ou sur le blog.

Merci de diffuser ce message aux personnes intéressées et n’hésitez pas à poser vos questions, nous sommes là pour vous répondre.

Laure & Clément

mercredi 12 janvier 2011

Tant que c'est toi Eva Lunaba


« Je guette vos lettres comme un enfant. Ne m’en voulez pas si je ne vous confie qu’une parcelle de moi, je ne me connais que depuis peu et ma vie se résume à rêver d’une femme qui n’a peut-être jamais existé et à peindre mes nuits qui se font si longues sans elle. Vous allez penser que je suis fou. Je crois l’être en effet. Fou d’une chimère. »

Le hasard existe-t-il ?

Maylis, bibliothécaire se retrouve bloquée à Paris après avoir manqué son TGV. En quête d’un endroit pour dormir, elle se retrouve dans un hôtel où elle va difficilement trouver une chambre suite à l’exposition consacrée à Georges Sand au Musée de la Vie Romantique. Nous comprenons vite qu’Armand, homme jaloux et possessif qui accompagne sa vie lui fait une crise lorsqu’il apprend qu’elle se retrouve seule dans cette chambre d’hôtel. Cette retrouvaille avec elle même n’est pourtant pas pour déplaire à Maylis qui va pouvoir un peu souffler de la possessivité de son compagnon.

Georges SAND et Alfred de MUSSET en filigrane de ce roman

Son regard va vite se porter sur un livre oublié dans cette chambre d’hôtel, il s’agit de Elle et Lui de Georges SAND relatant sa passion avec Musset. Ce livre n’est pas anodin pour Maylis et fait ressurgir à la surface une histoire passionnée vécue avec Liam, un homme qu’elle a aimé plus que tout et à qui elle avait offert ce livre. Un artiste peinte qui l’a lâchement abandonné un matin…pense-t-elle….C’est alors là, dans son plus profond désespoir qu’elle rencontra Armand qui ne fera que la sauver pour mieux la détruire…



La coïncidence est étrange et elle se replonge dans la lecture de ce livre. Elle s’apercevra avec stupéfaction qu’il manque deux pages…



En se rendant à cette fameuse exposition, elle demande au réceptionniste de l’hôtel s’il sait qui a oublié ce livre. Cela serait quelqu’un habitant Bordeaux selon ce dernier. Maylis indique au réceptionniste qu’elle va déposer le livre au musée au cas où l’homme cherche à le retrouver.

Elle laisse avec l’ouvrage une lettre à cet inconnu…qui ne pourrait ne pas en être un.

Une correspondance passionnée va naitre entre les deux. Maylis apprend au fil des lettres que cet homme a eu un grave accident et qu’il a perdu toute trace de son passé. Elle ne comprend pas comment il l’a pu l’oublier…car il semble bien s’agir de Liam...

« Quel fou faut-il être pour vous oublier ici-bas ?

Vous avez peint du bout des doigts un sentiment qui grandit sans cesse et s’épanouit à chacune de vos lettres. Vous abordez l’insondable et l’insoutenable avec une telle douceur, pour que veille toujours une lumière au bout de la nuit. Un phare, c’est le mot que je cherchais. Vous éclairez les âmes des marins à l’approche des récifs.

Votre cœur lourd est lié à cet homme. Pourrais-je un jour vous en délivrer ? »


Une beauté d’écriture


Eva LUNABA nous entraine dans une magnifique et forte histoire avec comme accompagnatrice une passion amoureuse intense. La jalousie, l’amour, la tristesse : les sentiments se mêlent dans cette plume talentueuse et renversante derrière chaque mot. La sensualité est omniprésente dans ce livre écrit d’une main de maître.

« Maylis n’entendait plus la voix de Liam qui se confondait en regrets. Il n’y aurait pas de rédemption, elle se tenait le ventre comme si on l’avait étripée. Elle aurait voulu lui cracher des flammes, l’occire à sa façon, mais elle ne le pouvait pas. Coquille vide, elle ne dominait plus rien. Elle l’aimait à s’en tourner le sang. Il était sa douleur préférée. »

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lundi 27 décembre 2010

Entretien avec Martine PAGES






1°) Lauréate du prix de la Nouvelle organisée par PPDA en 2007, tu as publié une nouvelle (concours Volpilière 2008) et deux livres depuis (Céanothes et Potentilles éditions Volpilière et Mon guide de la défume aux éditions Guy Trédaniel).

Quelle est ton aventure avec l’écriture et quel rapport as-tu avec elle ?

L’écriture s’est imposée dès l’enfance. J’obtenais de bonnes notes. C’était la matière « français » qui me faisait « passer » de classe en classe.
J’entretiens un rapport sensuel avec elle. Il est aussi obsessionnel : si je commence un ouvrage, il m’est impossible de ne pas m’y atteler tous les jours. Des soucis de santé récents m’ont fait perdre du temps, je suis en train d’essayer de le rattraper. Mais des idées se sont envolées dans les névralgies. Pour le coup, c’est une véritable douleur. Deux ou trois chapitres, et la plaie sera pansée ! Je passe un temps incroyable à la correction. Le manuscrit se doit d’être aussi bon que beau. De la même façon qu’une petite main vérifie que l’envers de son napperon est aussi réussi que l’endroit, je suis très sévère avec moi-même et ne m’accorde aucune excuse.


2°) « Tous les romans viennent du cœur » disait François Mauriac. Je sens derrière chaque mot que tu écris une profonde sensibilité que cela soit dans ton roman ou dans le guide de la défume. Que penses tu de cette citation ? Est ce qu’elle te parle ?


Oui, radicalement. J’ai conscience que mon cerveau m’oriente vers de jolis mots et surveille les règles d’une bonne syntaxe. Pour autant, il s’agit bien d’émotions, de partage, de générosité et d’abandon. Je sais mon cœur coutumier du fait. Mais je suis assez scolaire. Aussi, il y a une part de raison qui me dicte de rédiger mes textes à l’attention des personnes que je veux toucher.

Oops, eh bien non, on en revient toujours au cœur, finalement…

3°) Dans mon guide de la Défume, on voit la femme passionnée que tu es et la passion rime souvent avec excès. Si tu as arrêté de fumer, tu n’en as pas perdu la passion. Quels sont tes nouvelles drogues/excès ?

Ok. Je suis un régime drastique, ce qui proscrit les ruées sur les frites. Je bois une douzaine de thés verts par jour, qui me donne l’illusion de la chaleur que la cigarette m’offrait, quand sa fumée pénétrait ma gorge. C’est un bon leurre. Et un leurre bio ! J’ai un peu jeté mon dévolu sur un très bon Anjou. C’est assez récurrent, mais pas alarmant. Deux verres le soir m’apaisent et je mets au défi quiconque de m’observer me rouler par terre et d’en faire le récit.

4°) Quels sont les auteurs classiques et/ou contemporains que tu apprécies ?

Je vénère littéralement Claire Castillon. Helena Noguerra m’a également touchée ; ses deux romans sont de véritables prouesses. J’attends le troisième avec impatience. Ces deux auteures sont capables d’une « impudeur de bon goût ». Elles sont très littéraires et leurs mots font transpirer une lucidité rare. Marie Billetdoux aura été mon premier coup de foudre. C’est bien elle qui m’a appris, à la lecture de « Prends garde à la douceur des choses » à décrire les émois vifs et confondants, qui ponctuent chacun de mes livres.

5°) Dans Céanothes et Potentilles, Blanche, personnage principal, se retrouve seule. Est- ce que l’écrivain Martine Pagès se sent seule ou est-elle bien entourée dans le milieu littéraire ?

J’ai la prétention d’être liée à deux maisons d’éditions. Elisabeth Mozzanini m’a donné par deux fois ma chance et sait procéder au mieux avec ses auteurs (Volpilière). Les éditions Guy Tredaniel ont cru en moi pour « Le guide de la défume ». Deux romans la même année, c’est une belle façon de faire la nique aux fortunes qu’on a tous dépensées aux PTT. Oui, je me sens affreusement seule, même si ma famille est on ne peut plus présente. Lorsque l’on n’a ni mari ni enfant, on entend souvent « Tes livres, tu en as accouché ». C’est faux. Rien ne remplace des coups de pieds dans le ventre ni la délivrance. Je n’ai pas eu la joie de traduire un test de grossesse et aucun homme n’a coupé le cordon pour me promettre la protection. Je ne veux plus entendre ce genre d’aberrations venant de…parents.

6°) Parmi les nombreux passages de qualité de Céanothes et Potentilles, un a retenu mon attention « Blanche veut le Simple et le Simple est un panneau d’interdiction, un passage piéton au petit bonhomme programmé pour être toujours rouge, si bien que si l’on est à pied, on peut attendre des années avant de traverser la chaussée. On lui dirait bien de prendre des chemins de traverse, à Blanche ».
Est ce que Martine PAGES est en train d’attendre que le petit bonhomme passe au vert, est-elle en voiture sur une autoroute ou bien s’apprête-t-elle à prendre des chemins de traverse ?

J’ai tenté les chemins de traverse, à pieds, par curiosité, pour faire différent. Ça ne m’a pas toujours réussi. Sur les conseils de personnes qui se prétendaient avisées, j’ai finalement roulé en auto sur de grands axes. Or, sur ces autoroutes, les accidents sont effrayants, voire mortels. Ma voiture stationne en ce moment même dans mon garage et je l’ai vidée de son essence. Je tente de trouver un chemin suffisamment balisé, mais sans arrêts imposés. Avec bonhomme bleu. Oui, je sais…

7°) Je pense à Mon guide de la Défume en cette fin d’année. Quels sont tes vœux pour 2011?

Un vœu de princesse. Trouver l’amour. Ce sera un moteur neuf. J’irai alors faire le plein et m’essayerai à tous les trajets que proposent les cartes routières. Sans crainte de panne sèche, ni de chaos. Enfin.

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dimanche 26 décembre 2010

Entretien avec Laure MEZARIGUE


1°) Un premier roman est la découverte d’un style et d’une auteure. Comment te présenterais-tu en quelques mots ?



Je suis un auteur humoristique. C’est très difficile de faire rire, mais pour moi c’est la voie la plus noble pour atteindre le cœur des gens. Le comique est souvent minimisé et décrédibilisé en raison de la forme employée pour véhiculer des messages, mais je ne connais pas de moyen plus désarmant et plus fort pour toucher quelqu’un. Les messages d’humour sont souvent des messages d’amour d’ailleurs, à mes yeux. L’une des modalités humoristiques que je travaille le plus consiste à faire naître le rire de situations de contraste. D’ailleurs, celui qui maîtrise cela, a tout compris à mon sens. Les frères Astier, par exemple, exploitent parfaitement ce mécanisme dans des séries comme « Kaamelott » ou « Hero Corp » : un super héros qui fait des bulles de savon en guise d’attaques, c’est juste énorme. Sinon, j’aime bien frapper le lecteur au moment où il s’y attend le moins, c’est mon côté sniper. Le rire doit être franc, généreux. Le lecteur doit se marrer à s’en décrocher la mâchoire, sinon, on passe à côté. Le meilleur test, c’est lorsque je me relis et que je ris moi-même de ce que j’ai écrit. Là, je sais que j’ai atteint mon but. Et lorsque je parviens au fou-rire, sous le regard souvent médusé de mon entourage, alors, je sais que j’ai gagné.



2°) Quelles sont tes références littéraires ? As-tu des grands auteurs en tête ?



J’aime beaucoup Carlos Ruiz Zafon, je trouve que « L’Ombre du vent » est l’un des meilleurs romans qu’il m’ait été donné de lire ces dix dernières années. Sinon, je lis beaucoup de romans policiers. Dennis Lehane n’est jamais très loin de ma table de chevet et, dernièrement, j’ai découvert Jesse Kellerman : la construction narrative et la fin de son roman « Les visages » sont remarquables. Bon, il a le même âge que moi et j’ai eu vaguement l’envie très cordiale de lui mettre trois balles dans la nuque tant son talent m’a exaspérée. Mais passé ce moment d’égarement, j’ai convenu avec moi-même de lui laisser la vie sauve pour avoir le bonheur de le lire à nouveau. Sinon, côté classiques, j’admire des auteurs comme Faulkner, John Kennedy Toole et Céline. Faulkner est vraiment la référence ultime pour moi. Avec le flux de conscience, il a inventé cette forme d’écriture inouïe qui se sert juste de la perception d’une émotion pour dicter à un personnage son discours intérieur. Le monologue de Benji dans « Le bruit et la fureur » a été une découverte littéraire majeure pour moi et ne cesse encore de me hanter lorsque je tente, à ma toute petite échelle, de reproduire l’effet d’un ressenti sur l’un de mes personnages. Enfin, j’ai été dans une autre vie étudiante en littérature africaine et je nourris un amour sans borne pour des auteurs comme Hampâté Bâ, Monenembo, Kourouma ou encore Sassine.



3°) As tu des rites lorsque tu écris?



Oui. Je me mets toujours en condition en écoutant de la musique. Ensuite, je m’emmitoufle dans ma couette d’écriture (C’est bien simple, en ce moment, j’ai trois couettes : une pour chouiner, une pour dormir et une pour écrire. Les trois couettes en question n’étant pas forcément localisées au même endroit… C’est super important de bien savoir répartir ses couettes chez des gens de confiance dans la vie, tu sais…) Donc je me mets en position de combat pour écrire, sous ma couette d’écriture, le portable sur les genoux, le chat effectuant, une fois de temps en temps, un vol plané dans la pièce quand il devient trop envahissant et je me sers de l’état émotionnel produit par la musique pour écrire. En ce moment, je suis dans une période plutôt classique. Chopin, Schubert, Schumann et Satie sont mes compagnons d’écriture du moment. Il y a pire, je crois, comme potes de chambrée. Pour « Les Chroniques d’une pieuvre », en revanche, j’ai écouté en boucle Alain Bashung, Rufus Wainwright, les Tindersticks, Les Clashs, Nina Simone ou encore Bowie. Ils m’ont transportée et accompagnée jusqu’à la fin du bouquin. La musique est indissociable de mon écriture, de ma façon d’être, de ma vie.



4°) Tu arrives à mêler l’ironie, la tristesse et la sensualité avec brio dans tes écrits. Est ce que l’écriture est pour toi automatique ou le fruit d’un long travail ?



L’écriture est, pour moi, avant tout le fruit d’un long travail. J’écris un premier jet sous un afflux d’émotions (allégresse, tristesse etc…) et ensuite je les ciselle jusqu’à obtenir l’effet voulu. J’ai fait de la sculpture pendant quelques temps et je reproduis exactement la même chose en écriture. Je travaille une première forme qui me parle, puis je la peaufine et gomme les aspérités pendant des heures, des semaines, voire des mois. Ce sont les finitions. Je n’atteins jamais la perfection, c’est impossible. Mais au moment où je me sépare de mon livre et qu’il ne m’appartient plus, j’ai moins peur de la réaction de l’autre, parce que j’ai fait tout mon possible pour lui rendre un travail de la meilleure facture qui soit, à mes yeux.



5°) Tu partages tes écrits sur la toile à travers ton blog (http://tentaculture.typepad.com/). Quel regard porte la jeune auteure que tu es sur les nouveaux supports de communication des auteurs pour se faire connaître (blog, réseaux sociaux, …) ?



Effectivement, je tiens un blog et me sers de Facebook et de Twitter pour diffuser mes textes depuis mon site. Je trouve que ce sont des outils de communication indispensables pour mener à bien sa diffusion, surtout lorsque l’on est en auto-publication, comme c’est mon cas. Et puis, la plupart du temps, les réseaux sociaux sont des accélérateurs de particules qui vous amènent à rencontrer rapidement des lecteurs en chair et en os. Mais je ne vais pas forcément chercher à vendre mes livres à quelqu’un. Je vais toujours, dans un premier temps, l’inviter à aller voir mon travail, afin qu’il se fasse une première idée. Et si ce qu’il a entrevu lui a plu, alors il peut aller commander mon bouquin. Les réseaux sociaux sont donc, pour moi, une mise en bouche progressive de mon lecteur. Si ce qu’il pioche dans le menu lui convient alors il peut aller jusqu’au dessert. Mais cela reste son choix.



6°) Quels sont tes projets d’écriture ? Est ce que la confidentialité est de rigueur ou peux-tu nous les évoquer?



Actuellement, j’écris mon second roman qui s’appelle « L’agrément ». Il raconte la journée peu ordinaire d’une inspectrice du travail qui va rendre visite à une association chargée d’insérer professionnellement des gens en très grande difficulté psychologique. Et ce voyage dans la vie peu banale de personnes qui doivent apprendre à gérer quotidiennement leur folie va lui en apprendre beaucoup plus long sur elle-même que toutes les thérapies au monde.


Avec Martine PAGES et Laure MEZARIGUE, nous nous sommes lancés dans l'aventure magnifique du twinome! C'est pour celà que je vous invite à découvrir l'entretien réalisé de Martine PAGES également en suivant ce lien!
http://clementchatain.blogspot.com/search/label/Martine%20PAGES

Merci à vous tous de nous suivre dans cette belle histoire!


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Entretien avec Marie Laure BIGAND


1°) Dans quelles conditions écris tu ? As-tu comme certains auteurs des rites bien particuliers sans lesquels tu ne pourrais pas écrire ?


Alors non, je n’ai pas de rites. J’écris dès que j’ai un moment. Je peux écrire parfois tous les jours, et puis à d’autres moments rester plusieurs jours sans une ligne. Cependant lorsque j’ai un roman en cours d’écriture, mes personnages ne me quittent jamais. Lorsque je suis dans un entre-deux, c'est-à-dire un roman terminé, et le suivant pas encore entamé, je me sens très seule, mais ce temps-là est nécessaire pour digérer la perte de mes personnages avec lesquels j’ai passé tant de temps. J’aime aussi écrire des petits textes courts, qui eux viennent sans prévenir ; mais à ce niveau-là j’ai remarqué que je fonctionnais vraiment par période, des périodes d’inspiration. Lorsque ces périodes me quittent un peu je ne m’affole pas car je pense que ce « vide » est nécessaire pour rebondir et se ressourcer.


2°) Un roman est toujours un mélange complexe d’anxiété et de bonheur, comment as tu vécu son édition et comment vis tu sa deuxième naissance ?

« Le premier pas » est mon deuxième roman. Même s’il y avait eu avant un premier roman, il a fallu que je cherche à nouveau un éditeur. Une fois que mes envois étaient partis et que j’étais dans l’attente, je suis très vite repartie sur un nouveau projet. C’est essentiel pour faire face aux réponses négatives qui sont inévitables. Ce n’était pas vraiment de l’anxiété mais l’appréhension que tout s’arrête. Et puis, j’ai eu la chance d’avoir trois réponses positives pour ce deuxième roman. Il a donc eu une première vie, un peu compliquée. Ma deuxième éditrice a fermé, mais entre-temps j’avais eu la chance de trouver celle qui est aujourd’hui mon éditrice : « Laura Mare ». J’ai publié avec elle mon troisième roman « D’une vie à l’autre », et pour elle mon roman « Le premier pas » se devait d’exister à nouveau. Elle m’a donc proposé sa réédition. Je ne la remercierai jamais assez pour ce beau cadeau. Et je vis cette nouvelle aventure aussi intensément qu’à sa première parution, parce que voir son livre prendre vie est la meilleure des récompenses pour un auteur.


3°) Le premier pas aborde des thèmes complexes comme la séropositivité. Est ce que je me trompe en disant qu’il y a au delà de ce roman, un vrai message ? Si oui, peux-tu nous l’évoquer en quelques mots ?


Beaucoup de choses m’intéressent. Pourquoi avoir abordé le problème du Sida ? Je ne sais pas vraiment… Ce thème-là me tenait à cœur. L’idée qu’une de mes héroïnes soit blessée par le regard des gens s’est alors imposée. J’ai lu beaucoup de témoignages, dont celui d’une infirmière qui a travaillé durant trois années dans un service avec des sidéens en fin de vie. Durant des semaines, j’ai lu tout ce que j’ai pu sur ce sujet. Il était important que je m’imprègne de l’état d’esprit des personnes séropositives. Après, l’histoire est venue d’une manière très naturelle. Et c’est au lecteur d’y trouver un message ou pas. J’invente des histoires, pas pour faire passer un message, mais pour raconter des vies que l’on peut, peut-être, croiser un jour…



4°) As tu des projets littéraires et peux tu nous en parler un peu ou cela est-il confidentiel ?


Rien de confidentiel. Je viens de terminer mon quatrième roman, et maintenant je le relis pour tenter de l’améliorer le plus possible. C’est un gros travail mais il est indispensable. Ensuite je le soumettrai à mon éditrice, et c’est là que je serai anxieuse. Lui plaira t-il assez pour qu’elle en accepte la publication ?

L’idée du cinquième commence doucement à se profiler, mais rien de définitif encore…


5°) Quelle est ta vision de la littérature contemporaine ?


J’écris mais j’adore lire, impossible pour moi de ne pas avoir un livre en cours de lecture. Il y a de la très bonne littérature. Pour moi c’est lorsque je referme un livre et qu’il me faut un moment pour me remettre de la lecture parce que j’ai été emportée et que l’écriture m’a happée. Et puis, bien sûr je suis déçue parfois… Aujourd’hui il y a de plus en plus de livres et de moyens de publications, et je trouve que c’est un peu difficile pour le lecteur de s’y retrouver. Je suis aussi très attentive aux critiques que je peux lire ou entendre.

Il y a d’excellents écrivains contemporains, mais heureusement les goûts des uns ne sont pas les goûts des autres, ce qui laisse la place à un large éventail.

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Entretien avec Pierre CHALMIN




Pierre CHALMIN, à l’occasion de la sortie de son dernier livre, Dictionnaire des injures littéraires (L’éditeur), a eu la gentillesse de répondre à quelques unes de mes questions.










1°) Comment est née l’idée de ce dictionnaire ?

L’idée est ancienne déjà, je l’ai eue il y a une dizaine d’années. J’avais en tête le mot de Léautaud : « Aimer, admirer, respecter, c’est s’abaisser. » J’étais révolté par la complaisance stipendiée de nos pseudo-critiques littéraires. J’ai voulu présenter les hommes célèbres, les gloires incontestées, sous la plume de leurs pires détracteurs. Je me rappelais aussi le mot de Chamfort : « La postérité n’est jamais qu’un public qui succède à un autre ; voyez ce que vaut celui d’aujourd’hui. » Bref, je voulais donner un coup de pied dans la fourmilière des idées reçues, bousculer le lecteur, qu’il comprît que les notoriétés se fabriquaient, qu’on n’était pas tenu de prendre pour argent comptant la réputation de tel écrivain consacré, tel poète réputé, tel peintre exposé au Louvre. Que la culture, c’est d’abord d’oublier toutes les conventions d’admiration et se forger ses propres critères. Enfin, la méchanceté, par définition plus lucide que la bonté, est un excellent excitant littéraire. On fait de bons mots avec de mauvais sentiments, c’est connu.


2°) Comment es-tu arrivé à rassembler l’ensemble de ces injures ? As-tu eu une méthode bien précise ?

En lisant !… Quant à ma méthode, je suis au regret de confesser qu’elle fut fantaisite. Si j’ai puisé systématiquement chez certains méchants réputés, de Voltaire à Cocteau en passant par Sainte-Beuve, les Goncourt, Flaubert, Barrès, Zola, Céline, Gide Mauriac ou Léautaud, j’ai repris des notes éparses, tenté de remettre la main sur un millier de citations paresseusement cornées dans quelques centaines d’ouvrages dont certains avaient entre-temps disparu de ma bibliothèque… Bref, une irritante impéritie, qui explique les lacunes nombreuses de ce Dictionnaire qui aurait dû avoir trois fois le volume qu’il a. Mon éditeur n’a pas souhaité d’autre part faire entrer dans cet ouvrage un grand nombre d’inconnus que je ressuscitais pour la beauté des outrages qu’on leur avait décernés.

3°) Pourquoi avoir souhaité ne pas limiter finalement ce dictionnaire aux pures figures littéraires?

Je regrette que le titre de ce dictionnaire prête à confusion : il s’agit d’un dictionnaire des injuriés, je n’ai jamais eu d’autre projet en tête et n’ai pas « finalement » décidé d’élargir mon sujet… Le titre initial était : Dictionnaire des Injuriés. Mon éditeur en a changé sans me consulter. Il avait au moins une bonne raison à cela : celle de pouvoir décliner l’idée si cet ouvrage marchait. C’est ainsi qu’on m’a annoncé que paraîtrait bientôt un « Dictionnaire des injures politiques »… Il s’agit de marketing et de rien d’autre.

4°) Quelle est ton injure préférée dans ce dictionnaire ?

La longue épître qu’adresse Fénelon à Louis XIV (p.391-398) : il se met à la place de Dieu le Père, c’est l’altitude idéale et la seule position possible pour outrager un Roi de droit divin, celui qui passait pour le plus grand de la Terre. Une prosopopée sublime. Le Jugement Dernier avant l’heure. Les griefs de Fénelon sont historiquement et moralement fondés, et son français est un pur délice, ce qui ne gâte rien.

Pour reprendre un mot de La Bruyère que je place en épigraphe : « La moquerie est de toutes les injures celle qui se pardonne le moins. » Les injures moqueuses ont ma préférence : elles témoignent du sang-froid de l’insulteur qui loin de se laisser emporter par la haine ou la colère, ne vise qu’à ridiculiser son adversaire. La missive de Voltaire du 30 août 1755 à Rousseau, réfutant allégrement la théorie de l’homme perverti par la société et qui se termine sur une invitation à venir à Ferney « brouter nos herbes » (p. 589), est un modèle du genre.

J’ai souvent été injurié dans ma vie. Chaque fois que je décelais la hargne de mon ennemi, sa volonté de me faire du mal à tout prix, j’éclatais de rire ! Il avait perdu : il me haïssait, j’occupais par conséquent son esprit (si peu qu’il en eût) bien plus qu’il n’occuperait jamais le mien : il ne me restait qu’à le mépriser…


5°) As-tu eu des limites, te disant : « Cette insulte, je ne peux pas la mettre… » et si oui, pourquoi ?

J’ai sans doute censuré de mon propre chef quelques injures que je jugeais trop bêtes, à l’encontre d’auteurs qui me sont chers.

Mon éditeur quant à lui a eu des scrupules commandés par le droit pénal ou l’idéologie actuelle. Beaucoup d’injures antisémites ont été supprimées, évidemment liées à un contexte historique déterminé. Des injures misogynes ou « homophobes » également. Il paraît que de Gaulle et/ou les Arabes sont aussi à ménager aujourd’hui. Cette injure a par exemple été supprimée :



« Qu’est-ce que les Arabes ? Les Arabes sont un peuple qui, depuis les jours de Mahomet, n’ont jamais réussi à constituer un État… Avez-vous vu une digue construite par les Arabes ? Nulle part. Cela n’existe pas. Les Arabes disent qu’ils ont inventé l’algèbre et construit d’énormes mosquées. Mais ce fut entièrement l’œuvre des esclaves chrétiens qu’ils avaient capturés… Ce ne furent pas les Arabes eux-mêmes… Ils ne peuvent rien faire seuls. »

Charles de Gaulle

cité par Cyrus Sulzberger, Les Derniers des Géants



Je m’y attarde parce qu’elle jugeait autant l’insulteur que les injuriés. C’est ainsi que beaucoup d’outrages que j’appellerais des « auto-injures », ont sauté, le lecteur dans sa parfaite bêtise n’étant pas censé comprendre qu’il y avait de l’ironie dans le choix du compilateur, et qu’en somme l’insulteur se ridiculisait tout seul…

Enfin, on pourrait parler des injures auxquelles j’eusse finalement renoncé, celles qui visent nos contemporains : « On a toujours un peu honte de citer des noms qui dans cinquante ans ne diront plus rien à personne. » (Baudelaire)


6°) Comment perçois-tu le milieu littéraire actuellement?

Comme un milieu au sens mafieux du terme.

Une industrie qui trafique les influences, brasse beaucoup trop de papier et encore plus de vent.

Les grands éditeurs parisiens ne publient, en fait de nouveautés, que de la merde : l’éternelle autofiction de la petite fille incomprise ou du poète maudit, qui s’étalent piteusement, noircissent des pages autour de la littérature, ne mettent pas leur peau sur la table, ne disent rien et le disent fort mal. Ils n’ont rien lu, rien vécu, rien senti. Des ectoplasmes illettrés.

Mais je ne crois pas à l’auteur génial victime d’une conspiration universelle : un véritable chef-d’œuvre finirait par être publié, hasard heureux ou salutaire malentendu. J’écris cela dans l’illusion de décourager les centaines de milliers de graphomanes que compte notre pays. S’ils ont été refusés, qu’ils n’insistent pas ! (Je fus moi-même éditeur, je sais de quoi je parle.)

Il existe enfin, en marge du « milieu », des petits éditeurs audacieux, cultivés, enthousiastes. Ils sont quelques-uns au goût assez sûr.

Si j’avais un conseil à donner, ce serait de ne pas lire ses contemporains, non seulement parce qu’il n’y a pas de raison de commencer par la fin, mais encore parce que notre époque est littérairement piteuse : il n’est que de la comparer pour s’en convaincre.


7°) Que penses-tu du prix Goncourt attribué à Michel Houellebecq et du Renaudot attribué à Virginie Despentes ?


« Un auteur qui reçoit un prix littéraire est déshonoré. » Je finis comme j’ai commencé, en citant Léautaud. Je ne comprends tout simplement pas que les lecteurs, sachant la corruption des jurés et du système, achètent des livres primés. C’est encourager le vice. Mettons que ces distinctions prouvent par l’absurde que les livres et les auteurs qui en font l’objet ne valent rien.

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Chroniques d'une pieuvre Laure MEZARIGUE


« Le premier béta-test, je l’ai choisi car avec ses grands yeux de panda triste, je n’avais probablement rien à craindre de lui ! Et bien que nenni, l’Homme Panda s’est avéré être un redoutable journaliste issu du monde de la mode qui passait son temps à fréquenter des mannequins et des filles de la jet-set. Vous la sentez venir la catastrophe ? Loin du clinquant, des modeux sans fric et des divas de la nuit, j’allais me frotter à mon double antithétique. De toute façon, quand j’ai compris à qui j’avais affaire, il était trop tard, j’étais déjà piquée des échanges en ligne. »








Ma chère femme pieuvre,

J’ai lu avec attention votre livre et je tiens à vous signaler que j’ai eu un immense bonheur à parcourir les pages de ce petit bijou littéraire haut en couleur et en portrait.


Notre société contemporaine vue à travers une jeune femme en quête d’un homme, suite à un divorce douloureux, se retrouve sur un site de rencontre. On pourrait penser, ma chère Laure, que votre thème est plus que banal et redondant mais c’était sans compter votre sens de la répartie et votre ironie qui offre au delà d’un pur plaisir littéraire une description de ces sites très intéressante.


Ainsi, on apprend à connaître « l’Homme-Refuge », « l’Homme-Panda », « l’Homme-Mégalo », « l’homme-Don-Juan », « l’Homme-Siddhârta ». Bien entendu, le piège, chère Laure, est de penser à ce stade que je n’ai pas lu votre livre parce que je ne fais que citer les hommes présentés dans votre sommaire mais détrompez vous, contrairement à certaines autres personnes mal intentionnées, je lis les livres que je chronique. Il faut donc rajouter, « l’Homme Baobab », « l’Homme-Gourmet », « l’Homme-Angora », « l’Homme-Politique » et le « Sperman ». J’espère ne pas en avoir oublié puisque bien sur, « l’Homme-Geek » n’est pas selon moi à classer ici…contrairement à ce que son nom puisse laisser paraître.


Pourquoi cher lecteur de cette chronique ne vous dirais-je pas pourquoi il n’a pas cette place dans la liste ? Parce qu’il faut que vous lisiez ce livre. Oui, chère femme pieuvre, je suis désolé, je vous trompe déjà avec mes lecteurs en écrivant cette lettre…Que voulez vous la galanterie masculine n’existe plus…Mais vous constaterez que c’est pour la bonne cause. L’homme cherche toujours des prétextes…


Le pari était osé pour ce premier roman, faire rire, tout en parsemant ce dernier de passages érotiques et en décrivant simultanément les nouvelles formes de rencontre. Que puis je vous dire ? La mission est parfaitement réussie.


Au lieu de parler inutilement ma chère Laure depuis tout à l’heure dans cette conversation à plusieurs, j’aimerai vous lire pour que vous (et les lecteurs de cette chronique) preniez conscience de votre talent.


« Mais mon exploration du web avait tourné à l’addiction, à tel point que mon existence de tous les jours était partie en lambeaux. Je voyais s’amonceler les assiettes crasseuses, les courriers non décachetés et les vêtements sales comme autant de vestiges d’une vie domestique totalement oubliée. J’avais pris l’habitude de capitaliser des amis invisibles qui avaient fini par phagocyter mes vraies relations. C’est comme si je m’étais dématérialisé en une pluie de pixels pour être totalement absorbée au cœur du système. »


Avec toutes mes amitiés littéraires,

L’Homme-Passionné »

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Le premier pas de Marie Laure BIGAND


« Je me fis couler un bain bien chaud. Je saisis un échantillon d’exfoliant pour le corps qui traînait sur le rebord de la baignoire, et me mis à frotter avec rage. Il était écrit que ce produit miracle « élimine les impuretés et cellules mortes pour lisser, tonifier et rendre la peau douce et veloutée. » J’étais septique, et puis, personne ne m’attendait dans mon lit pour en profiter. Pourtant je m’acharnai en frictionnant vigoureusement. N’était-ce pas les déceptions de ma vie que je tentais d’éliminer ? »





Une vie familiale banale

Le début de ce livre commence par une histoire banale. Irène, divorcée, se retrouve à élever seule sa fille en pleine crise d’adolescence et de révolte. Elle profite du divorce de ses parents pour faire ressentir à sa mère un profond malaise qui va la mener certainement vers une crise existentielle. Elle a quelques amies mais parmi toutes ces dernières, il semble manquer la pièce maîtresse, l’amie accompagnatrice de l’ensemble des instants pour partager peines et joies.

Irène, face à sa fille Solène demandant à passer plus de temps avec son père et sa nouvelle compagne, accepte le jeu en pensant que cela va permettre de calmer la donne et qu’elle va pouvoir enfin retrouver une situation normale avec sa fille.

C’est ainsi que tout va pouvoir réellement commencer…


Une rencontre décisive

En voyant Laetitia (une amie de sa fille) et Solène marchant devant elle, Irène se revoit avec sa meilleure amie, Patricia dont elle n’a plus de nouvelles depuis une vingtaine d’années.

C’est ainsi que se retrouvant seule pendant les grandes vacances, elle décide de retourner dans son passé en quête de sa meilleure amie.

Je suis parti totalement à l’aventure de ce roman. Je n’ai pas lu la quatrième de couverture, je n’ai pas lu d’autres articles sur ce livre, je me suis fié à l’auteure. Je suivais de loin son actualité facebookienne mais j’ai été séduit par son style d’action littéraire et par sa gentillesse en la croisant sur le chat Facebook.

Je me retrouve à avancer au fil des pages en les tournant sans hésiter et en me demandant vers où Marie Laure Bigand va nous entrainer. Je suis admiratif du talent de l’auteure constant tout au long de ce livre.

Elle va retrouver Patricia, la fameuse amie d’enfance mais la situation est étrange. Les descriptions nous font ressentir quelque chose de profond et d’inquiétant. En même temps, en débarquant vingt ans après dans sa vie, il est peut être normal de constater la distance de Patricia…Au réveil sa première nuit passée chez son amie, elle se retrouve face à un homme Lionel. Elle ne sait pas qui est ce, ce qu’il représente et elle se posera pendant quelques jours quelle est la nature de leur rapport tellement elle semble étrange.

« J’étais prise entre l’envie de quitter sur le champ cette maison et rester. Maintenant que j’avais effectué le premier pas, n’était ce pas idiot de tout abandonner ? Et puis la phrase de Lionel « c’est bien que vous soyez là » résonnait dans ma tête. Apparemment, le savoir près d’elle la tranquillisait. »


Au croisement du bonheur et de la tristesse


Peu à peu, aidé de Lionel, Patricia va confier sa séroposivité à Irène. Le thème est fort, difficile, les larmes ne peuvent que couler sur les joues du lecteur. Nous comprenons pourquoi Patricia se refuse d’aimer Lionel mais nous découvrons également comment Irène va réellement permettre un changement de situation.

Les vacances se passent, Irène également est tombée amoureuse mais cela n’est pas si simple d’autant plus qu’uun quiproquo n’arrangera pas les choses…

« J’avais envie de déposer des petits baisers sur sa peau, d’attraper ses lèvres, de me blottir contre lui. J’avais besoin de sa force et de sa tendresse. Cependant, rien dans son comportement ne laissait supposer une quelconque attirance à mon encontre. Encore une fois, je chassais les idées stupides, d’ici quelques jours, je repartirai dans mon univers, loin de Camaret, loin de Jérôme. »

Irène a retrouvé son amie et elles ne se quitteront plus jusqu’à…

J’ai eu un énorme coup de cœur littéraire pour ce livre. Le premier pas est un livre poignant ne pouvant laisser indifférent le lecteur traversé par différentes émotions. Marie Laure BIGAND a une plume vibrante n’appartenant qu’aux grands auteurs.

Dictionnaire des injures littéraires Pierre CHALMIN

« IONESCO (Eugen Ionescu, dit Eugène) (1909-1994) écrivain et dramaturge franco-roumain Il ne dort que trois heures par nuit ; il lui faut se doper pour écrire ses pièces, sa famille l’épuise, car sa femme le gronde, et sa fille de 14 ans travaille mal au lycée. « Je lui ai fait sa dissertation l’autre jour. Sujet « le dialogue de l’eau et du feu ». J’ai eu 4 sur 20 avec l’appréciation « puéril ». » Matthieu GALEY, Journal, 8 février 1959 »
Une forme intéressante : un dictionnaire !!


On fait des dictionnaires pour tout ou rien mais un dictionnaire des injures littéraires, il fallait y penser et le faire avec intelligence car la tâche s’avérait difficile.

Comment choisir les bonnes entrées, comment tenter l’exhaustivité sans jamais pouvoir l’atteindre et donc être capable de ne retenir que les plus belles interventions…parmi les pires ? Le pari était osé et il est réussi.


Pour les amoureux de la littérature

Je n’ai pas découvert la littérature à travers ses injures mais je les vois chaque jour un peu plus que cela soit dans des médias offrant la parole aux auteurs reconnus ou à travers des supports comme facebook où littéraires et pseudos littéraires s’entretuent de temps en temps... Il est d’ailleurs intéressant d’observer une société se disant victime de son époque avec des propos qui resteraient gravés à jamais avec les nouvelles technologies…mais nous nous apercevons bien à travers ce dictionnaire que nous n’avons pas besoin d’Internet pour conserver tant d’informations…et notamment les petites phrases assassines.



Pierre CHALMIN nous propose ici un travail remarquable au service d’une idée littéraire intéressante. Je connaissais quelques anecdotes mais mes carences littéraires m’ont rattrapé…et j’en ai découvert d’autres, parfois drôles, intelligentes, graves ou bien tristes...L’esprit curieux que je suis me pousse alors à en savoir plus sur l’épisode ou l’auteur et ce dictionnaire se révèle alors pour moi comme un outil au service de l’éveil littéraire. Je tiens d’ailleurs à préciser que l’auteur nous entraine au delà de la littérature puisque nous retrouvons des grandes figures historiques comme Charles de Gaulle ou encore un peintre comme Picasso et bien d’autres encore parfois inattendues.



«Ingre (Jean Auguste Dominique)

(1780-1867) peintre français



J’ai vu l’exposition d’Ingres. Le ridicule, dans cette exhibition, domine à un grand degré ; c’est l’expression complète d’une incomplète intelligence ; l’effort et la prétention sont partout ; il ne s’y trouve pas une étincelle de nature.

Eugène DELACROIX, Journal, 15 mai 1855 »





Ce dictionnaire est un petit bijou m’accompagnant à chaque instant car la fameuse forme permets de relire ou de découvrir sans cesse les meilleures injures écrites par les grandes figures littéraires.

Idées noires sur fond blanc de Victoire LECOMTE

« Chaque fois que la lumière s’échappe pour laisser entrer les ombres de la nuit, que mon fils est endormi dans son lit, ils reviennent me hanter. Ils me prennent par les tripes, me rongent le cœur. Jamais je n’avais imaginé que la tristesse puisse faire aussi mal et encore moins qu’elle s’allierait à la douleur physique. Maintenant, je sais ce que c’est d’avoir le cœur serré dans un étau au point de croire qu’il va exploser. »
27 décembre 2007 date fatidique


27 décembre 2007, date de transition entre deux fêtes importantes où la présence de festivité et de magie s’empare des hommes. Mais pour certains, c’est aussi une période de tragédie et de drame à jamais inscrits dans la mémoire.

Camille ne pensait pas que cela allait lui arriver. Cette jeune femme qui comptait passer une simple journée tranquille avec l’ouverture des cadeaux de son fils et une visite à IKEA voit sa vie bouleversée par un coup de téléphone.


« - Que se passe-t-il ?

- C’est Bernard…

Une phrase,

Trois mots,

Trois points de suspension,

Trois petits tours et tu t’en vas… »


Ce n’est pas sur un fond blanc que débute ce roman avec le suicide de Bernard, l’homme de toute une vie pour Camille. Nous allons au fil du livre comprendre leur relation particulière et leur attachement conduisant à la profonde détresse affective de cette femme.


« L’ange gardien que j’ai été pendant plus de deux ans et demi peut froisser ses ailes. Je crois même que je vais les brûler. Ma mission a échoué. Ça m’apprendra à vouloir sauver quelqu’un contre son gré !"


Bernard et Camille : couple passionnel


La rencontre avec Bernard dans un bar est un pur moment de magie au croisement de l’émotion des mots et des gestes. Nous sommes entrainés dans un vrai moment de séduction où un couple fusionnel va se former avec tout ce que cela comporte de positif et de négatif…

La passion est telle qu’elle acceptera de le suivre immédiatement sans réellement savoir où tout cela va l'entrainer. Elle est sous son charme. Camille a trouvé l’homme de sa vie, de toute sa vie…mais cet homme ne présente pas que des qualités. Entre l’alcool, la drogue et la présence d’une autre femme, la relation semble bien complexe. Néanmoins, Camille aime et il en est ainsi. Il y a des choses qui ne se commandent pas, l’amour en fait partie.


Idées noires sur un nuage de culpabilité


Le passage cité volontairement dans la première partie de cette présentation insiste sur le fait que Camille se voyait comme l’ange gardien de Bernard. Cela explique la présence d’un autre personnage prenant une part importante et qui représente un réel fil conducteur : la culpabilité. Il est évident que les reproches fusent dans son esprit, les sommes de « si » posés dans ses pensées font qu’elle se remémore les instants où sa présence et ses gestes auraient dû être différents. Cette confession est une illustration d'une remise en question perpétuelle.


« Je ne le saurai jamais. Tous ces doutes me hantent. Culpabilité, tu es devenue ma meilleure ennemie, comme j’aimerais pouvoir te chasser de ma vie aussi facilement que tu y es entrée. »


Camille et les autres hommes


Avant la disparition de Bernard :

Camille ne se lasse pas réellement de sa relation avec Bernard, mais la présence d’une autre femme la pousse dans les bras d’un autre homme. Néanmoins, quand elle est dans les bras de l’autre, elle pense à lui…


« À partir de cet instant, j’ai décidé de mener ma vie amoureuse d’une autre façon. Je ne voulais plus passer mes journées à attendre que tu la quittes en gardant l’espoir d’un jour prendre sa place. Je savais que ça n’arriverait jamais.

J’ai rencontré quelqu’un. Tout le contraire de toi. Pour résumer : ennuyeux ! Mais il m’apportait un peu de stabilité, ce que je n’avais jamais eu avec toi. »



Après la disparition de Bernard


Camille va rencontrer Jérémy. Leur relation semble tourner autour de la relation amitié homme/femme, mais ce rapport est bien difficile et la frontière avec l’amour n’est jamais très loin. Néanmoins, Jérémy ne la juge pas, il est cultivé, mais ce n’est pas Bernard. Même si Camille tente de le séduire, cela ne sera pas une réussite et leur relation restera amicale.


«Il n’essaye pas comme les autres de me faire tourner la page. Il respecte mon deuil et mon chagrin. Je n’ai jamais pleuré devant lui. »

Camille rencontrera aussi Sébastien, mais cela ne sera pas une relation durable. Quelques années plus tard, elle rencontrera Antoine avec qui si même elle va passer quelques années elle ne revivra jamais ce qu’elle a vécu avec Bernard.

Fin du livre et fin…


Je ne peux vous dévoiler la fin du livre qui restera peut être surprenante ou choquante pour certains, mais elle me semble réaliste pour le lecteur assidu… J’ai juste l’envie de vous faire partager un passage qui ne se situe pas à la fin du livre, mais qui offre une belle opportunité pour la comprendre.

« Tu fais partie de ma vie, il n’y a pas un seul jour où je ne me lève sans. Surprenant, mais je peux encore écrire ce verbe au présent. Penser à toi, à ton absence. Une fois que j’aime que j’ai aimé c’est pour la vie. Il y a une place au fond de moi où tu demeuras pour toujours. Mais ce moment-là n’est pas encore arrivé, je ne peux pas encore conjuguer ce verbe au passé, tu fais toujours partie intégrante de ma vie. Tout mon être reste imprégné de toi. Je crois que l’on n’en a toujours pas fini ensemble, même si les liens terrestres n’existent plus. »


Une auteure, une plume, un talent !


Quand j’ai reçu ce manuscrit, je ne pensais pas que j’allais découvrir une telle plume qui allait me faire tant vibrer. Victoire Lecomte arrive à manier avec brio les retours dans le passé pour concilier son écriture au présent. Elle nous offre, avec goût, lucidité et assurance, de magnifiques citations variées en début de chaque chapitre. De Houellebecq à Baudelaire en passant par Hannah Arendt, ce livre est servi avec les épices nécessaires pour un moment de pure délectation où la dureté des mots et de l’histoire s’associent à la beauté littéraire. Une plume prometteuse et talentueuse à découvrir de toute urgence.